dimanche 28 février 2010

Setmanas occitanas del vilafrancat

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Hier, clôture des semaines occitanes du villefranchois.
En échange de bons services, l'Institut d'Etudes Occitanes du secteur m'offrait l'entrée pour le XXVe festival des musiques traditionnelles avec en prime : une place pour le stage de chant polyphonique de Gascogne.

Allez zoup ! Quittons les livres pour nous frotter aux occitanistes et aux... bretons !

Parmi la vingtaine de stagiaires, ceux qui viennent de chorales se repèrent vite et nous sommes quelques uns à nous sentir vaguement inquiets de notre situation de novices. Découvrir les textes des chants que nous allons étudier ne nous rassure en rien. Je lis assez couramment l'occitan normalisé mais le béarnais... OH, PUTAIN ! J'Y COMPRENDS RIEN ! On commence à se marrer à l'idée d'une méga cacophonie et puis un gars rajoute "Et en plus, moi je suis breton !".

Nous voilà plus à l'aise, croyez-vous ? Que nenni ! Le breton passe directement du gascon au français, une fois la traduction intégrée ; pareil pour les français. Pour les occitans, ça se corse : nous pensons en français, visualisons en occitan (je sais, c'est difficile à comprendre) et devons nous adapter à une nouvelle verbalisation. La gymnastique est rude. Mon voisin de gauche, d'ailleurs, n'a jamais réussi à lâcher le languedocien ; du coup, j'y revenais spontanément de temps en temps.
Les chanteurs de chorales (classiques ou autres) sont également déstabilisés : pas de partition, pas de tempo, on place sa voix ou on la sent plus à l'aise. Je navigue entre la médiane, le contre-chant en basse et le bourdon (je fais ma maligne, je ne savais même pas ce que c'était en me levant au matin).

Nous travaillons sous la direction de Martine Serres, jeune animatrice à l'IEO 82 qui parcourt la région pour nous faire chanter la langue que nous n'osons plus parler. Elle nous place en cercle, nous apprend les voix, nous accorde, nous invite à nous lâcher dans l'improvisation. Nous déchiffrons assis, chantons debout autour d'elle. La ronde se resserre, les gens se pressent, se regardent, les voix se mélangent, cherchent inconsciemment celles qui se complètent dans les trois proposées et quand le son monte, il est à la fois multiple par les variantes et unique dans l'élan. Tous débutants parce qu'émaillés des particularités citées plus haut, le chant s'entend comme l'union des volontés individuelles. C'est absolument jouissif !


Alors, ça donne quoi, à la fin d'une journée de stage ? Je vous propose d'écouter "la nòvia", un chant traditionnel gascon.


Ca va ? C'est correct pour de la bleusaille, non ?

Vers la fin de la journée, Martine nous apprend "Liberté chérie", l'hymne des bigourdans. C'est une chanson puissante de montagnard qui fait émerger une sensation différente de ce que nous avons partagé jusqu'à présent. Les voix masculines dominent largement bien qu'elles soient minoritaires, celles des femmes semblent seulement les accompagner. Cette sensation se révèle clairement quand j'entends un petit groupe de femmes le reprendre en aparté pendant que nous attaquons la fouace du goûter tardif. Chanté lentement et dans les aigus, abandonné des hommes, le refrain ressemble à une plainte, une prière. Dans un flash, j'entends la petite voix de ma grand-mère qui se lamentait de l'inconscience de son homme quand il se mettait en danger (ce qui n'était pas forcément vrai, elle avait peur de tout). Je me mets d'un coup à chouiner à la façon de ma grand-mère (pardon, mémé) en reprenant le refrain. Certaines femmes s'offusquent, rient, ou s'interrogent et nous nous mettons d'accord sur cette double interprétation qui sexualise pour la première fois notre petit répertoire.

Quelle incroyable journée ! Un grand merci à tous pour ce cadeau !

Là ne s'arrêtera pas mon plaisir. La tête et les poumons vidés de toutes les tensions, je promets de rejoindre la chorale occitane de Renat Jurié. Mardi, 18h30. Pile poil à la sortie de mon boulot, je n'aurai que deux rues à traverser.

4 Commentaire (s):

  1. Ah non, non...moi je pleure avec les polyphonies...C'est trop émouvant, j'adore cela.
    Chanceuse !
    Formidable !
    Merci !
    Bande son géniale mais coeur serré, bon...C'est la vie qui veut ça.

    PS : J'ai vécu en Béarn avec des béarnais mais ça causait français toute cette jeunesse...

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  2. Salut petit courant d'air !

    Ça faisait quelques années que je tournais autour des chorales. Ce que j'entendais dans leur diversité était magnifique mais trop intimidant pour que j'ose m'y joindre. Les partoches sont loin derrière moi et pour tout dire, l'étude du solfège m'avait complètement découragée quand j'étais môme. Je jouais de la clarinette à l'époque ; j'adorais cette vibration. Mais je perdais le plaisir dans la rigueur imposée quand nous jouions en orchestre. Impossible de s'échapper de la grille de lecture, d'intégrer une variation quand le cœur s'emportait ; l'harmonie dépendait de la maîtrise permanente de son instrument au milieu des autres.

    Au niveau du chant, j'ai toujours eu le réflexe de chercher les deuxièmes voix pour amplifier le son mais j'ai une tendance aux décrochages typiques des chants... occitans, qui me faisaient souvent taire parce que trop particuliers.

    Ce stage -auquel je n'aurais pas osé m'inscrire si on ne me l'avait pas proposé et rassurée- a donné la place à ma voix dans toute sa puissance, sans retenue ni bridage. J'en avais la tête qui tournait.

    Alors, chanceuse... oui ! Encore une fois d'avoir trouvé ma place si naturellement après tant de tâtonnements.

    Pour la pratique de la langue, c'est vrai qu'elle s'entend peu chez les jeunes. Il faut dire que tout a été fait pour la faire disparaître des mémoires. Elle a été longtemps ringardisée, rattachée au passé rural que les jeunes fuient au profit des métropoles plus anonymes.

    Ici, elle renaît à l'école, dans les classes bilingues mais je ne sais pas comment elle va survivre après le départ des anciens. Il manque presque deux générations pour faire le raccord. Avant d'en retrouver le naturel si c'est encore possible, il faut pour l'instant se contenter d'un militantisme un peu désordonné.

    Je ne le vis pas comme un combat mais comme une réappropriation identitaire qui demande juste à être soi-même, dans le quotidien, à l'heure où les décideurs, du haut de leur piédestal veulent nous uniformiser.

    Et coucou aux béarnais ! Ils ont de bien belles chansons.

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  3. J'ai pleuré en vous écoutant tous, mon coeur vibrait, cahotait, tremblait dans ma poitrine, et pourtant je ne suis pas béarnaise, je n'y suis même jamais allée, mais ces langues disparues (ou presque) que vous faites de nouveau raisonner par le chant, c'est fabuleux, j'y sens une grande tendresse, un amour profond du vivant et un appel à la survivance de nos anciens qu'ils soient béarnais, bretons, normands, alsaciens.............. merci. petite chouette.

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  4. A mon tour d'être touchée par votre message... Vous semblez (et pas seulement vous) aussi émus en écoutant ces chants que j'ai pu l'être en les chantant.

    Dans la chorale que je viens de rejoindre, la langue occitane est bien vivante ; elle y est parlée couramment (on y parle d'ailleurs autant qu'on y chante)et loin de nous enfermer dans un registre restrictif, le collectage impressionnant des textes anciens des troubadours permet au contraire l'ouverture sur les différents dialectes occitans. Chaque variante est intégrée au même niveau dans le respect de la transmission orale.

    Les langues bretonnes, catalanes, occitanes et autres, sont aussi "nos" langues. Les parler et surtout les chanter, est foncièrement libérateur ; il s'en suit toujours une grande émotion.

    Je reconnais certaines chansons que j'ai entendues de mon père. En pleine époque yéyé, j'avais l'impression qu'il pleurait la misère d'un temps révolu. Je sais aujourd'hui qu'il chantait l'amour et je suis fière de reprendre ses refrains parce que j'en comprends enfin l'intemporalité malgré les différences de contextes.

    La petite chouette vous remercie de l'aider à verbaliser tout ça et vous salue, gente dame.

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