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Il y a quelques semaines au boulot, j'ai émis le souhait de proposer des lecture à haute voix pour les jeunes du cycle 3 (et plus si affinités !).
Les heures du conte proposées mensuellement remplissent allègrement l'espace jeunesse de la bibliothèque d'une cinquantaine de petites bouilles fidèles qui les années passant, s'occupent ailleurs, dans d'autres activités, perdant le plaisir des histoires partagées.
Avec la scolarité bien souvent, l'imaginaire par la transmission orale et collective, le plaisir des mots, se diluent au profit d'un programme d'instruction intense sur les bancs de l'école. Reléguant leur rôle de transmetteurs aux enseignants, la grande majorité des adultes -de bonne foi, certainement, peut-être parce qu'ils attribuent le rêve à l'enfance ou à l'immaturité- jugent superflue cette pratique qui relève du plaisir.
Du conte à la lecture, il n'y a que l'écriture. De l'écriture à la lecture, il y a la pensée. Élever la pensée est notre mission. Pour ça, on peut aussi voyager, rencontrer des gens. On peut vivre des expériences, discuter pour confronter les idées. On peut aussi lire. On peut faire tout ça dans le désordre quand on est adulte.
Mais quand on est enfant, c'est d'abord en écoutant et en regardant les autres qu'on apprend. Et puis on imite, et puis on pense et on choisit ses propres valeurs. Enfin... normalement. Normalement, ce devrait être ça.
Le constat général dans les bibliothèques, c'est l'absence des lecteurs de 10 à... 30 ans ! Comme si, absorbés par la scolarité puis le début de la vie professionnelle, ils perdaient la notion de la lecture-plaisir pour la retrouver à l'arrivée de leurs propres enfants. Là, prétextant l'accompagnement de leurs petits, ils reprennent timidement contact avec le livre.
Ce qui m'intéresse particulièrement, c'est cette période floue vers la dixième année, à laquelle on fait croire aux enfants qu'ils sont trop grands pour rêver ou que la "vraie" vie n'est pas dans les livres. Pourtant, à l'heure où ils ont encore si peu d'expérience, avant de tester par eux-mêmes ce qui doit l'être, quel meilleur allié que le livre pour les accompagner dans leur cheminement de pensée ?
Notre vie d'adulte n'est qu'un modèle parmi tant d'autres et tellement limité... Que voulons-nous pour eux ? Quels outils leur offrons-nous ?
Je remarque aussi -pour avoir remanié les pages du site la ville- que les compte-rendus des animations de la bibliothèque sont de plus en plus consultés. Les adultes y sont donc sensibles. De là à interpréter cette fréquentation par un besoin, j'ose y voir un pas que j'ai envie d'emboîter.
Considérant enfin que notre petit budget ne nous permet pas d'augmenter le nombre d'intervenants professionnels (et que nous ne sentons aucune volonté dans ce sens-là de la part de nos décideurs), que mes collègues assurent déjà les lectures aux plus petits, que j'ai reçu (il y a longtemps) une première formation sur la lecture à voix haute, j'ai décidé de me lancer.
J'ai repris le casque, le micro (merci Audacity !), les témoignages des lecteurs professionnels qui prennent le temps de transmettre leurs conseils (merci à eux !), je choisis mes lectures (merci à mes supérieurs de leur confiance !) et je réapprends à lire (c'est pas gagné !).
Donc, je m'entraîne.
Je voudrais lire deux extraits de demi-heure, à raison d'une séance par mois. Placer la voix, je sais faire. Garder l'octave dans la durée, ça demande de l'entraînement, du souffle et de la concentration. J'en suis encore loin. Je me fierai à ce que me disent les cobayes de mes premiers essais. Ne pas rester enfermée dans le livre et communiquer en cherchant le regard des auditeurs, ça, ça m'est carrément naturel, mais je n'ai jusqu'à présent partagé cette expérience qu'avec des familiers. Pourvu qu'il n'y ait pas trop d'adultes et ça ira.
Premiers constats à l'enregistrement :
Si certains craignent la lecture monocorde, pas de problème avec moi : même dans la colère, ça chante ! Par contre, ça ne fait pas très sérieux, je comprends que les gens du nord -pour nous : au-dessus de la Loire ;)- se bidonnent en nous entendant parler.
Autre problème, je ne parle pas français, je parle "frangçé". Tout est à revoir dans la phonétique, en particulier les voyelles nasales. J'écoute des dizaines d'extraits sonores avec plus ou moins de plaisir (beaucoup de plaisir avec les lecteurs de
Lire dans le Noir). Je reprends les cours primaires (ça me rappelle la dictée de Pagnol, absolument identique aux nôtres), je réapprends les "o" ouverts ou fermés, pareil pour les "a". Je prends plaisir aux jeux de ponctuation (surtout en réécrivant les textes), je découvre aussi les justes liaisons (j'en saute beaucoup et la grande honte : j'en place là où il n'y en a pas). Je m'applique, je m'amuse, j'apprends.
Je n'ai pas encore peur. Ce sera bien assez flippant juste avant d'ouvrir la bouche.
Oh putain[g] ! Dans quoi est-ce que je me lance, encore ?